Patrimoine Culturel Universel 


 

     L’Algérie recèle 7 sites, culturels et naturels, classés au patrimoine mondial de "l’UNESCO" comme sont présentés ci-après:

 

1) Casbah d’Alger (w. d’Alger) 

2) Djemila la belle (w. de Sétif)

3) Tipasa (w. de Tipasa)  

4) Timgad (w. de Batna)  

5) Kalaà des Beni Hammad (w. de M’sila)

6) Vallée du M’zab (w. de Ghardaïa)  

7) Tassili N’Ajjer (w. de Tamarasset) 

 


 

1- Casbah d’Alger (wilaya d’Alger) 

    alger-la-casbah Dans l’un des plus beaux sites maritimes de la Méditerranée, surplombant les ilots où un comptoir carthaginois fut installé dès le IVe siècle av. J.-C., la Casbah constitue un site unique de « Médina » ou ville islamique.

       La Casbah d'Alger a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial à la 16e session du Comité, en décembre 1992.

      A l'origine le mot "Casbah" désignait la citadelle qui surplombait la ville "la médina", peu à peu le terme engloba la cité elle-même. Les remparts qui protégeaient la Casbah, ainsi que le haut et le bas de la cité ont aujourd'hui disparus. "Construisant leur casbah, les anciens avaient atteint au chef-d'œuvre d'architecture et d'urbanisme" disait le Corbusier.

      La Casbah d'Alger a été inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'humanité en décembre 1992. Est communément appelée "Casbah" la zone comprenant la Casbah proprement dite (forteresse) et toute la vieille ville d'el- Djazaïr située entre ce fort et le bord de mer. En 1516, le corsaire turc Khaïr al-Din installe sa capitale à Alger. Il en fait une ville fortifiée en construisant d'imposants remparts, qui sont à l'origine de la Casbah. Au delà de sa richesse artistique, la vieille ville est un précieux témoin de l'histoire de l'Algérie.

     casbah-d-alger-4La Casbah s'étend en effet sur 45 hectares et témoigne d'une forme urbaine homogène dans un site original et accidenté (118 mètres de dénivellation). La richesse de la ville se traduit par les décorations intérieures des habitations, souvent ordonnées autour d'une cour carrée centrale faisant atrium. Les rues tortueuses et pentues constituent aussi un élément caractéristique de la vieille ville. Elle abrite également douze mosquées dont la mosquée Djamâa el-Kébir du XIe siècle.

 

2- Djemila la belle (wilaya de Sétif)

     Djemila, ou Cuicul, avec son forum, ses temples et ses basiliques, ses arcs de triomphe et ses maisons, à 900 mètres d’altitude, est un exemple remarquable d’urbanisme romain adapté à un site montagneux.

      Fleuron du patrimoine national et universel par Mohand Akli Ikherbane[1]

     djemilaCette cité antique qui n'a pas volé son nom[2] , ce fleuron du patrimoine national et universel, il faut beaucoup de temps pour y parvenir ; mais une fois au milieu de ses pierres et de son silence, on oublie vite la fatigue devant tant de beauté, devant ces espaces de haute culture antique invitant à la convivialité et au ressourcement.

      Djemila a résisté à tous les avatars en traversant l'histoire sans trop de déchirures : la beauté a su y garder son charme sans se voiler, paradoxe et mystère de cette ville enchanteresse où la vie ignore la mort, tout comme la paix nargue la guerre.

      Djemila est toujours là sur son éperon rocheux, avec une distribution de volumes architecturaux où le cœur a eu raison de la rudesse et de la monotonie du style romain (quadrillage en échiquier) caractérisant les autres villes, avec " sa mer " sur ses mosaïques, ses dieux sur les stèles, l'odeur de l'encens sur les autels. Ici, le mot déchéance n'a pas droit de cité, sauf peut-être pour ceux qui n'ont rien compris aux miracles des civilisations.

     djemila-9Incrustée dans un site d'une beauté insoupçonnée, l'antique Cuicul apparaît subitement aux visiteurs soulagés de l'avoir enfin atteinte, après un long chemin en lacets attisant la curiosité. Enveloppée d'une douceur sans apparat, elle s'avère pourtant d'un attrait irrésistible au milieu des collines qui l'auréolent de leur charme.

     Bâtie sur un sol accidenté, Djemila est l'une des plus importantes cités romaine dès la fin du IIème siècle après JC, sous le règne de l'Empereur Nerva (96-98). A l'instar des autres colonies africaines révélées à la postérité par des fouilles de l'époque coloniale (1910-1957), Cuicul se caractérise par une relative cohésion chronologique et monumentale aussi révélatrice que variée, du moins après les nombreuses restaurations, ainsi que par un faste ostentatoire, décelable sur les mosaïques et les textes épigraphiques.

     La colonie de Cuicul, sentinelle romaine au cœur d'un massif montagneux, entre Sétif et Constantine, est construite autour d'un forum entouré d'édifices publics tels que la curie municipale (assemblée des décurions), le capitole (temple réservé à la triade capitoline : Jupiter, Junon et Minerve), la basilique judiciaire pour la justice et les transactions boursières et le marché des frères Cosinius avec ses dix-huit boutiques. Aux logis modestes, qui durent être au début ceux des vétérans, succèdent des demeures beaucoup plus spacieuses et confortables avec toutes les commodités (fontaines, salles de réception, bains, latrines privées, etc…), ornées de merveilleux pavements en mosaïque historiée ou purement ornementale, desquelles furent inspirés les noms de ces demeures. De part et d'autre de ces maisons dites du quartier central (maison d'Europe, maison d'Amphitrite, maison de " l'âne vainqueur ", maison de Castorius, etc…) édifiées sur les deux rives du grand axe routier à portiques, sont bâtis d'autres locaux, essentiellement artisanaux, dont un grenier à blé, tous inclus dans un périmètre délimité par une enceinte polygonale. Bien évidemment, ces différentes constructions ont subi des remaniements divers au fil des temps sur le plan architectonique aussi bien qu'ornemental.

     dejmilaLe règne des Antonins (96-192) et celui des Sévères (192-235) furent, pour Djemila, les plus heureux de l'Antiquité. C'est durant ces règnes que Cuicul s'enrichit et se développa, ainsi que l'attestent les édifices évoqués. Tels que nous les voyons aujourd'hui, partiellement et souvent arbitrairement restaurés, ils dateraient, au moins en partie, de la seconde moitié du IIème siècle et auraient subi des remaniements importants à l'époque chrétienne. C'est donc dès cette période (fin du IIème, début du IIIème siècle) que l'espace manqua à l'intérieur du périmètre initial qui fut rapidement débordé.

     Les habitants de Cuicul, dont le nombre devait être considérable, s'offraient le luxe d'un théâtre pouvant contenir jusqu'à 3.000 places, construit vers 160. Vingt- cinq ans après, sous le règne de Commode, un bel établissement de thermes d'environ 2.600 m2 était édifié à environ 200 m de la porte-sud, sur le prolongement du grand Cardo[3] , tout comme une belle et complexe demeure comportant une grande salle à abside dite " maison de Bacchus " du nom de la plus ancienne mosaïque retrouvée à Djemila, représentant la légende de Dionysos, dieu du vin, de la vigne et du délire mystique. Ainsi, tout un faubourg méridional s'édifia peu à peu, repoussant le centre d'activité urbaine vers le sud.

     djemlia6Cette extension continue eut pour conséquence, dans le premier tiers du III ème siècle, l'aménagement d'une grande esplanade publique de 3.200 m2 (dite à tort forum novum), dallée comme le vieux forum. Cette vaste place est mise en valeur par deux grands monuments datant l'ensemble : le premier est l'arc de Caracalla construit en 216, ainsi que l'atteste l'inscription honorifique sur le haut de l'entablement, et qui a failli être transporté vers Paris en 1840 par le Duc d'Orléans, commandant du corps expéditionnaire français. Le deuxième monument qui attire l'attention et qui donne un aspect particulier à toute la ville est le temple de la Gens Septimia, édifié en 229 sous les ordres d'Alexandre Sévère, divinisant l'Empereur Septime Sévère et sa femme Julia Domna. Une fontaine monumentale, un marché aux étoffes, un petit temple remanié et une autre basilique judiciaire du IVème siècle, édifiée sur les décombres du temple de Saturne, ainsi qu'une maison achèvent d'encadrer la place bordée de portiques et d'arcades.

     La période chrétienne a laissé des monuments d'un intérêt capital. L'officialisation du culte à partir de 313 a donné naissance à un autre essor architectural que même l'austérité chrétienne n'a pu atténuer. Ainsi en est-il de deux églises à cryptes, toute pavées de mosaïques, d'une partie de la chapelle d'initiation au baptême, d'un vaste ensemble de locaux qui ont dû servir au logement du clergé et peut-être même aux dévots qui venaient en pèlerinage et enfin, d'un baptistère complètement restauré en 1922.

     djemila-21Cuicul traversa donc le IVème et le Vème siècle, vraisemblablement sans trop ressentir la dureté générale des temps caractérisant le Bas-Empire avec son lot de persécutions. Le schisme donatiste avait sans doute ses adeptes, puisque bien que foncièrement africain et religieux, il avait pour leitmotiv un programme de révolution sociale refusant toute immixtion de l'Empereur dans les affaires de l'Eglise. Cuicul donatiste ? Il n'y a rien de saillant pour l'affirmer. Mais cette cité de la Numidie n'a sans doute pas échappé aux persécutions, tantôt anti-païennes dues au zèle iconoclaste des chrétiens, tantôt aux attaques de l'Eglise officielle dont saint Augustin fut un des représentants les plus en vue.

      Dans ce contexte, l'inscription sur la mosaïque trouvée dans le chœur de la basilique du Vème siècle, à la mémoire de son fondateur Cresconius, évoque les justes des générations précédentes, autrement dit les martyrs. Les fouilles effectuées dans la basilique cimetériale à crypte et à abside, dans le quartier ouest de l'ancienne ville, révèlent des sépultures à l'intérieur même de l'édifice.

      Elles évoquent, sous réserve, l'appartenance de cette église à la secte dissidente des Donatistes, de connivence avec les Berbères des montagnes qui brûlèrent toute la ville, hormis le quartier ouest.

     djemlia5Fortement touchée par le séisme de 419 et la peste qui s'ensuivit, la ville fondée à la fin du premier siècle a disparu vers le VIème dans des conditions très floues. Elle semble avoir été systématiquement pillée puis détruite. Des documents épigraphiques attestent que jusqu'à la décadence de l'Empire d'Occident, en 476, Cuicul était resté sous l'autorité de Rome. L'élan dévastateur des Vandales, à compter de 429, semble l'avoir épargnée car d'une part, les nombreuses mosaïques datant pour la plupart de cette époque dénotent plutôt un regain d'activité à l'abri des troubles, d'autre part, à leur arrivée, la ville appartenait déjà à l'Empire byzantin installé depuis 533. Elle échappa donc et aux Vandales et aux royaumes berbères qui contrôlaient le reste de l'Afrique du Nord.

      Les archives ecclésiastiques attestent qu'au concile de Constantinople, convoqué par l'Empereur Justinien en 533, un évêque du nom de Cresconius représenta la communauté catholique de Cuicul, mais on ignore le nom de son antagoniste donatiste.

     Après cette date, nous n'avons rien d'arrêté sur le plan archéologique pour prouver la continuité ou la permanence humaine sur le site, hormis peut-être quelques mosaïques de la maison de Bacchus, échappant à toute datation classique, des lampes locales semblables à celles retrouvées à la Kalaâ des Béni Hammad et la présence d'un marabout implanté à l'emplacement du forum antique avant les fouilles de 1910. Tout autour s'étendait une nécropole et de modestes habitations. Une tradition d'habitat s'était-elle maintenue pendant assez longtemps après le 6ème siècle ?

    A l'évidence, le site de Djemila peut encore révéler des richesses inattendues, pour peu qu'on l'interroge avec une nouvelle problématique.

 

3- Tipaza (wilaya de Tipasa) 

     tipaza-00Sur les rives de la Méditerranée, Tipasa, ancien comptoir punique, fut occupé par Rome qui en ­constitue une base stratégique pour la conquête des royaumes auritaniens. Le site comprend un ensemble unique de vestiges phéniciens, romains, paléochrétiens et byzantins, voisinant avec des monuments autochtones, tels le k’bar er roumia (tombeau de la chrétienne), grand mausolée royal de Maurétanie.

     Ancien comptoir Punique, Tipasa fut occupée par Rome et devint colonie Romaine au 2ème siècle. Tipasa fut une base stratégique pour la conquête des royaumes Mauritaniens et elle devint, plus tard, un des plus importants bastions chrétiens d'Afrique du nord.

    Le site comprend un ensemble unique de vestiges phéniciens, romains, paléochrétiens et byzantins, ainsi que des monuments autochtones tels que le mausolée royal de Maurétanie. Le mausolée de la ville romaine, situé à l'ouest de la ville, fut bâti au 5ème siècle. C'est l'un des sites les plus intéressants de la ville et on y trouve actuellement plusieurs sarcophages. Le forum est bien préservé. C'est l'une des plus anciennes parties du site et c'est de là que proviennent les mosaïques exposées au musée de Tipasa.

Fabrique de Garum

    tipaza-000Condiment très prisé dans le monde antique, le garum résultait de la macération dans du sel de déchets de poisson et d'autres viscères, le sel ayant pour effet d'empêcher la putréfaction. Il était fabriqué dans des cuves profondes, puis stocké dans les grandes jarres visibles au premier plan.

Mosaïque de la grande basilique

     On y reconnaît les deux principaux symboles chrétiens, le chrisme (monogramme du Christ) et les poissons. Elle recouvrait une mensa, table d'agapes funéraires sur laquelle les fidèles célébraient, aux jours anniversaires, la mémoire des martyrs et des saints'. En atteste l'inscription Chrisme in Deo pax et concordia sit convivio nostro, qui signifie: " En Dieu, que notre banquet ait lieu dans la paix et la concorde. " (Tipaza, Musée archéologique)

Inscription funéraire

Cette pierre, visible dans l'une des deux nécropoles de Tipasa, est ornée de la formule Utere fe/ix (Uses-en pour être heureux) Qui surmonte le chrisme, ou monogramme du Christ, l'un des premiers symboles de la foi chrétienne avec le poisson. Il est formé des deux premières lettres

du nom" Christ" en grec (Christos), X (khi) et p (rhô).

tipazaAu début du IV' siècle, l'empereur Constantin le fit broder sur son étendard et, après l'édit de Milan (313) et la christianisation de l'Empire romain, cette représentation devint le symbole chrétien par excellence et se répandit dans toute l’Afrique du Nord.

Villa des fresques

Non loin du cardo, en bordure de mer, une somptueuse villa possédait des thermes privés et un solarium, terrasse faisant face à la mer. Les fragments de mur ont révélé des traces d'enduit peint, d'où le nom donné à cette demeure, témoin de la prospérité de Tipasa, port servi par sa situation favorable, par son rôle de débouché d'un réseau routier dense et par la richesse agricole de son arrière-pays.

Cardo Maximus

     Comme toutes les villes romaines, Tipasa comportait deux rues principales le decumanus maximus et le cardo maximus. Le premier allait d'ouest en est, entre deux portes fortifiées, et constituait un tronçon de la route qui reliait Caesarea et Icosium (Alger). Le carda le coupait à angle droit en plein milieu de la cité. Cette voie pavée se prolonge jusqu'à la mer.

Nymphee

    tipaza007Cette fontaine monumentale consacrée aux nymphes était reliée à l'aqueduc principal de la ville. L:eau offrait un magnifique spectacle, ruisselant en cascade sur les marches, entre des colonnes de marbre bleuté, jusque dans les bassins inférieurs.

     Sur les rives de la Méditerranée, Tipasa, ancien comptoir punique, fut occupé par Rome, qui en fit une base stratégique pour la conquête des royaumes mauritaniens. Il comprend un ensemble unique de vestiges phéniciens, romains, paléochrétiens et byzantins, voisinant avec des monuments autochtones, tel le Kbor er Roumia, grand mausolée royal de Mauritanie.

 

4- Timgad (wilaya de Batna) 

     Sur le versant nord des Aurès, Timgad fut créée « ex nihilo », en l’an 100 ap. J.-C. par l’empereur Trajan comme colonie militaire. Avec son enceinte carrée et son plan octogonal commandé par le « Cardo » et le « Decumanus », les deux voies perpendiculaires qui traversent la ville, c’est un exemple parfait d’urbanisme urbain.

     08-timgadUne ville entière au quadrillage régulier, "d'une rigueur exceptionnelle" s'ouvre devant vous, intacte ou presque, on la dirait coupée à ras, une cité africaine sans ses toits, une ville à part entière avec une séquence en moins. 

      Le ciel est nu sur le Cardo et le decumanus, sur le théâtre creusé dans la colline, sur l'imposant Arc de Trajan, les thermes du sud et cette fameuse bibliothèque richement décorée, la nécropole, le forum, le capitole et de nombreuses églises qui attestent que Timgad à été un important centre chrétien au troisième siècle. Fondée en l'an 100 après J-C sous le règne de l'Empereur Trajan, Timgad est d'une étonnante richesse culturelle, exception culturelle, si l'on peut dire, puisque dans le corps même de l'art romain, les artistes numides vont irriguer de leur sève et de leur étonnante vitalité des thèmes et des formes uniques, inédites dans le monde romain. Construite face au désert et contre le désert, Timgad est un rêve entêté ou plutôt un mirage dont on ne sait jamais si on y entre ou on sort. Timgad est, à l'origine du trouble, exactement entre deux mondes.

 

5- Kalaà des Beni Hammad (wilaya de M’sila)

     kalaa-beni-hammad 2Dans un site montagneux d’une saisissante beauté, les ruines de la capitale des premiers émirs hamadites, fondée en 1007 et démantelée en 1152, nous restituent l’image d’une ville musulmane fortifiée. Sa mosquée, avec sa salle de prière de 13 nefs à 8 travées, est l’une des plus grandes d’Algérie.

     Il y a tout juste mille ans, en 1007, naissait dans le Hodna, au pied du Djebel Taqarbouzt, la dynastie berbère des Hammadites. Dans un milieu quasiment désertique, le royaume de la Qalaâ des Beni Hammad allait faire naître une brillante mais éphémère civilisation, qui allait rayonner sur tout le Maghreb.

     La Qalâa se trouve sur le versant sud du djebel Mâadid à la limite nord des plaines du Hodna. Dominée au nord par le djebel Takerboust culminant à 1458 m, et à l'ouest par le mont Gorayn qui atteint 1190 m d'altitude. A l'est elle est bordée par la vallée verdoyante de l'Oued Fredj dont les gorges abruptes constituent un rempart naturel. La seule voie d'accès est un col sinueux qui longe la vallée de l'Oued Fredj. Ces caractéristiques donnèrent à ce lieu une valeur stratégique, habité jadis par les Romains (plusieurs mosaïques romaines ont été retrouvées sur ce site.

     kalaa-beni-hammad 1 Celle représentant le triomphe d'Amphitrite est exposée au Musée des Antiquités.

     Ce site servit de refuge à Abû Yazid " l'Homme à l'âne " qui se révolta contre les califes Fatimides, mais ce n'est qu'à partir de 1007-1008 que  fut fondée par Hammad Ibn Buluggin une ville : la Qalâa capitale des Hammadites.

    Cette cité fut pendant prés de deux siècles une des plus importantes villes du Maghreb, siège d'une brillante civilisation et centre commercial très fréquenté. Le déclin de la Qalâa commença après l'arrivée des Banu Hilal (1105-1121).

 

6-Vallée du M’zab (wilaya de Ghardaïa)

     Le paysage de la vallée du M’zab, créé au Xe siècle par les Ibadites autour de leur cinq ksour, ou villages fortifiés, semble être resté intact. Simple, fonctionnelle, et parfaitement adaptée à l’environnement, l’architecture y a été conçue pour la vie en communauté, tout en respectant les structures familiales.

    Ghardaia 1La vallée du M’zab est un vaste plateau rocailleux découpé en vallées profondes et enchevêtrées, situé dans le Sahara septentrional algérien.

       Elle est classée, par l’UNESCO, sur la liste du patrimoine universel de l’humanité et ce, depuis 1982.

     Suite à la destruction de Tahert, capitale de l’état Rostémide, en 909, les Ibadhites, pionniers de la civilisation du M’zab, choisirent le chemin de l’exil pour s’installer, après une période d’errance, dans cette vallée, caractérisée par la forte aridité de son sol ainsi que par la rareté de ses eaux. Cette colonisation a donné naissance à cinq magnifiques cités construites successivement durant la période allant de 1012 à 1353 le long du lit de l’oued M’Zab est dotées chacune d’une palmeraie. Cet ensemble de villes anciennes qui symbolise la volonté et l’obstination de l’homme à dompter la nature farouche est communément désignée sous l’appellation de « pentapole du M’Zab ». Il s’agit là, en effet, d’un chef d’œuvre d’architecture et d’urbanisme.

      L'Unesco décrit le M'zab en ces termes : "Le paysage de la vallée du M'Zab, créé au Xème siècle par les Ibadites autour de leurs cinq ksour, ou villages fortifiés, semble être resté intact. Simple, fonctionnelle et parfaitement adaptée à l'environnement, l'architecture du M'Zab a été conçue pour la vie en communauté, tout en respectant les structures familiales. C'est une source d'inspiration pour les urbanistes d'aujourd'hui."

L’urbanisme du M’zab :

     L’urbanisme du M’Zab présente plusieurs caractéristiques et ce, en dépit de l’austérité imposée par la rigueur due à l’idéal social de rationalité et fonctionnalité dicté par la dureté du milieu. L’image en perspective que la ville du M’Zab offre au regard est celle d’une masse bâtie dressée sur un piton rocailleux, qui impose par son ordre serré composé de maisons agglomérées harmonieusement et étagées en terrasses. Au point le plus haut, le minaret, dressé vers le ciel, annonce la ville et la protège. Il en est le garant et le système nerveux. Par son ordonnancement et son aspect compact, la traduit la cohérence et la cohésion de son corps social.

     Ghardaia01Les mosquées, les enceintes, les rues de chacune des villes sont à la fois semblables aux autres dans leur texture, leurs éléments, leur couleur, et particulièrement par leur appréhension du site. Ghardaïa occupe sur toutes ses faces un piton au milieu de l’oued Mlika constitue l’embout d’une crète au bord du plateau rocheux, Béni-Isguen occupe un site convexe, El-Atteuf est construite sur un site raviné et Bounoura établie à l’origine sur le sommet d’un plateau en bordure de l’oued est descendue sur la partie ouest dont elle n’occupe plus que la partie basse.
Chaque ville dessine un tracé concentrique autour de la mosquée et est entourée soit d’un rempart de type moyenâgeux, soit d’une ceinture de maisons mitoyennes faisant elle-mêmes rempart.

Les éléments structurants de l’espace urbain

a) La mosquée : C’est l’élément ordonnateur et structurant de la ville, imposant par son volume et sa position dominante. C’est le cœur de la cité, et son minaret occupe le point le plus haut.

b) L’habitation : La structuration de l’espace d’habitation résulte de la mise en réseaux de cellules simples engendrant un espace central (le patio) « ammas an taddart », centre vital de la maison, auquel on accède par une chicane.

     A partir de ce patio s’effectue la diffusion des espaces et la répartition des fonctions. A travers le trou central aménagé au plafond, circule la plus grande partie de l’air et pénètre l’éclairage.

      Ghardaia 2Le rez de chaussée est composé d’une entrée en chicane, laquelle donne sur l’entrée du salon des hommes, ainsi que d’un espace central bordé de piliers , percé au plafond et qui permet d’accéder au tisefri ou le salon des femmes. Dans un coin de cet espace est aménagée la cuisine.

      Des escaliers nous permettent d’accéder à l’étage structuré, ce dernier, de façon similaire à l’étage inférieur.

c) La place du marché : C’est le centre d’activité par excellence de la ville et le centre public. Lieu d’attraction, de transaction, de bruit, de rencontre, il se trouve délibérément rejeté à la périphérie de la ville.

     A l’intérieur des villes, la circulation s’effectue par des ruelles, parfois partiellement couverte. Suivant le terrain, elles sont souvent tortueuses et de forte déclivité.
Architecturalement la ruelle n’est animée que par la forme et la couleur des murs sur lesquels jouent l’ombre et la lumière.

d) Les portes et enceinte : Les cités sont protégées par des remparts ou des maisons remparts ainsi que par des tours de guet et de défense.

      Les cimetières se trouvent hors des villes. Ce sont de véritables cités des morts qui s’étendent sur des surfaces importantes et ceinturent pratiquement les villes.

     En plus des tombes chaque cimetière est doté au minimum d’une m’çala, assez vaste plate forme, légèrement surélevée ou surbaissée entourée d’un mur très bas tournée en direction de la qibla et où est creusée une niche de mirhab.

      Parfois les cimetières sont dotés de petites mosquées, composées de petites salles de prière.

e) Les palmeraies : Les palmeraies sont situées à proximité des villes. S’y trouvent de nombreux ouvrages hydrauliques, barrages d’absorption, galeries souterraines, puits, ruisseaux artificiels ou rigoles (seguia).

      ghardaia-ghardaia-tombes-milika-bigCes oasis tendent à devenir de véritables cités de résidences secondaires ; On y construit, en effet, de plus en plus de maisons occupées à la saison chaude, afin de profiter de la relative fraîcheur que dispense l’ombre des palmiers ainsi que de l’eau dont on arrose les jardins.

f) L’artisanat du M’Zab : D’entre les nombreuses activités artisanales nécessaires à la vie citadine et agricole de la région (bijouterie, poterie, ébénisterie, travail du cuir, …), le tissage est l’un des métiers traditionnels qui subsiste encore de nos jours.

     Cette production artisanale reste l’un des meilleurs moyens d’expression de la vallée du M’Zab. Par le design particulier du tapis, qui utilise une symbolique spécifique, se transmet le substrat socioculturel et historique de la région.

      Les éléments de cette symbolique représentent le peigne à laine, la faucille, une petite table, une clef, une main, un chandelier, un bec d’oiseau, un scorpion, un serpent … entre autres nombreux motifs qui reconstituent, par un système de connotations, les scènes de la vie quotidienne.

    De la lecture de cette symbolique se dégage toute la structure socio familiale locale, foncièrement patriarcale et au sein de laquelle la femme tient le rôle de dépositaire d’une culture qu’elle communique par le tissage de tapis et de vêtements.

Ghardaia 2g) Restauration des sites et monuments historiques : La vallée du M’zab recèle une quantité considérable de sites et de monuments historiques, variés quant à leurs fonctions et aux lieux de leur implantation, mais que rassemble un cachet architectural qui leur confère unité et harmonie.

     Durant la décennie précédente, les monuments ont fait l’objet d’opérations de restauration, qui, timides au départ, ont chaque année, augmentées en nombre et en qualité d’intervention. Les monuments historiques ont bénéficié au courant de l’année écoulée, et dans le cadre de la relance économique, d’une enveloppe financière de vingt milliards de centimes. Cette enveloppe a couvert divers sites et monuments historiques.

      Les monuments et sites ayant permis le classement de la vallée du M'zab au Patrimoine Mondial de l'Unesco sont : 

    • les ksour
    • les maisons traditionnelles
    • les mosquées
    • les minarets
    • les aires de prières et mausolées
    • les remparts
    • les tours
    • les systèmes de partage des eaux
    • les barrages
    • les jardins de la palmeraie
    • les puits traditionnels

 

7- Tassili N’Ajjer (wilaya de Tamanrasset)

     Sahara Algeria 26Cet étrange paysage lunaire de grand intérêt géologique abrite l’un des plus importants ensembles d’art rupestre préhistorique du monde. Plus de 15 000 dessins et gravures permettent d’y suivre, depuis 6 000 à 8 000 ans av. J.-C. jusqu’aux premiers siècles de notre ère, les changements du climat, les migrations de la faune et l’évolution de la vie humaine aux confins du Sahara.

     Le Tassili est situé au Sahara central, au Sud-est de l’Algérie, à plus de 2000 kilomètres de la côte méditerranéenne. Il est limité par la frontière libyenne et au Sud par celle du Niger. Son altitude varie entre 500 et 2200 mètres. Sa limite méridionale est caractérisée par une falaise abrupte, constituant une véritable forteresse que seuls quelques cols permettent de franchir tels qu’Assakaou, Tafilalet, Aghoum et Abdenfok.

      Le Parc National du Tassili a été crée en 1972, il couvre une superficie de plus de 80.000 km². Il a été classé patrimoine mondial en 1982 par l’UNESCO et réserve de l’Homme et la Biosphère par le réseau MAB, en 1986.

      L’organe de gestion de cette aire protégée est l’Office du Parc national du Tassili (OPNT), crée le 27 juillet 1972 suite au classement du Parc monument historique dont le siège se trouve à Djanet. C’est un établissement public à caractère administratif et à vocation culturelle doté de la personnalité civile et de l’autonomie financière. Ses missions sont : la protection, la conservation et la mise en valeur du patrimoine culturel et naturel du Tassili N’Adjer.

Caractéristiques naturelles

    Véritable mémoire vivante, les grès tassiliens ont gardé intactes les traces et les empreintes des grands évènements géologiques et climatiques. L’eau d’abord et le vent ensuite, par les effets de la corrosion, ont contribué à la mise en place d’une morphologie particulière, celle d’un plateau découpé par les eaux et ramolli par le vent.

     Les gueltas ou Adjelmam, constituent un milieu favorable au développement d’espèces végétales et animales. Ce sont des abreuvoirs naturels pour les animaux sauvages et un port d’attache pour les nomades qui viennent s’alimenter en eau et abreuver leur cheptel.

tassili 0

     Au cours des ères géologiques, la flore tassilienne a connu des changements, marquées essentiellement par des périodes, des espèces d’origine méditerranéenne dont subsiste quelques espèces reliques comme me myrte, la lavande, l’olivier et le cyprès. Ce dernier a été classé sur la liste rouge de l’UICN en 1984, parmi les douze espèces à sauvegarder.

      Dans le biotope tassilien s’est installé une végétation qui a développé d’ingénieux mécanismes d’adaptation à l’aridité. Cette végétation a favorisé l’existence de nombreuses espèces animales telles que les gazelles, le mouflon à manchettes, le guépard, le fennec, le daman des roches et le varan.

Richesses archéologiques

    sahara-algeria-21C’est dans des conditions d’humidité particulières que les premiers hommes se sont établi au Tassili N’Adjer autour de grands lacs aujourd’hui asséchés, il y a plus de 2 millions d’années.

Les galets aménagés de Bordj Tan Kena, obtenus par la percussion de deux roches, comptent parmi les plus anciennes traces de l’innovation humaine, Oldowayen.

     Dans les sites de Tihodaine et d’In Afalehleh, des vestiges d’une richesse exceptionnelle caractérisent un autre faciès culturel qui s’étale entre 1 million d’année et 100.000 ans, l’Acheuléen. Ses outils sont constitués de bifaces, qui se distinguent par leurs proportions symétriques et de hachereaux, dont la technique d’obtention de modèles typés, spécifique à l’Afrique évoluera plus tard en technique dite Levallois. L’utilisation du feu est attestée dès cette période, durant laquelle l’homme peuple progressivement l’Asie et l’Europe.

    Entre 100.000 ans et 40.000, un peu partout au Sahara se développent des cultures sur éclats et lames, attachées à la tradition acheuléenne et appelées ailleurs Moustérien. A partir de 40.000 ans, à la faveur de conditions bioclimatiques assez clémentes, notamment l’existence de nombreux lacs, des populations nombreuses s’installent au Sahara. Elles sont porteuses d’une culture spécifiquement nord africaine : la culture atérienne, caractérisée par une industrie lithique dont toutes sortes d’outils sont dotés d’un pédoncule.

    sahara-algeria-16 Entre le 20ème et le 12ème millénaire, le désert s’était largement décalé vers l’équateur, jusqu’à plus de 500 Km au sud de sa limite actuelle. Il s’est presque totalement vidé de ses occupants qui ont préféré se réfugier dans les régions montagneuses où il y avait une pluviosité et une humidité suffisantes. C’est pendant cette période que l’occupation humaine se rétrécit considérablement au Sahara et les possibilités de productions culturelles deviennent quasiment réduites.

     L’avènement fondamental du Néolithique est le passage de l’humanité à une économie de production attestée par la pratique de l’élevage et de l’agriculture. Cette période se distingue au Sahara par la profusion du matériel et de l’activité de broyage des graminées et par l’invention de la poterie. La vannerie de Tin Hanakaten compte parmi les plus anciens témoignages du métier de vannier au monde.

     Sur les parois et plafonds des abris ainsi que sur les dalles et planchers, notamment à Oued Djerat, Tin Taghirt, Tan Zoumaïtak, Séfar, Idjabaren et Tamadjart, les hommes du néolithique ont représenté leur monde en gravant et en peignant à l’ocre. Ils ont représenté des éléments faunistiques, des gestes et des scènes de la vie quotidienne, ainsi que des formes géométriques et conceptuelles. Ces œuvres et témoins iconographiques rupestres se traduisent à un stade supérieur de leur évolution en écriture par l’élaboration de caractères à valeurs phonétiques, d’où subsiste le tifinagh.

     sahara-algeria-20 Les monuments funéraires sont des structures en pierres conçues pour perpétuer la mémoire du monde des morts. La rareté des traces de structures d’habitat en dur, par opposition à la richesse, la diversité et la large répartition des structures funéraires en pierre (tumulus et bazinas) n’est pas liée à l’absence d’une culture urbaine, elle est plutôt à rapporter à la nature du rapport entretenu entre le domaine du vivant et celui du mort.

Patrimoine ethnographique

     Du costume au bijou, à travers les danses et l’expression musicale, le patrimoine tassilien matériel et immatériel, visible et invisible, présente une richesse et une diversité rarement égalée. L’Homme du tassili a su, à travers le temps, fixer par la production artisanale et exprimer par la création artistique, l’intimité de son imaginaire et le fond de son épistème.

 
 


[1] Conservateur du musée de Djemila.

[2] Djemila signifie " belle " en langue arabe.

[3] Grand Cardo : avenue séparant la ville selon un axe nord-sud.

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